
Six mystères du passé éclairés par l’IA et les nouvelles technologies
Quand on parle d’intelligence artificielle, on imagine souvent le monde de demain. Pourtant, certains de ses usages les plus fascinants regardent dans l’autre direction : vers des textes brûlés, des dessins oubliés ou des jeux dont personne ne connaît plus les règles.
Voici six enquêtes sur notre passé que l’IA et l’imagerie scientifique font avancer. Elles n’apportent pas toutes une réponse définitive. Mais elles permettent de poser de nouvelles questions à des objets que l’on croyait presque muets.
1. Nazca : 303 figures supplémentaires dans le désert
Au Pérou, une équipe associant l’université de Yamagata et IBM Research a utilisé l’IA pour orienter la recherche de géoglyphes à partir d’images aériennes. Le bilan annoncé dans ses travaux de 2024 : 303 nouvelles figures identifiées en six mois de travail sur le terrain.
L’algorithme aide à repérer les endroits prometteurs ; les chercheurs vont ensuite vérifier. Découvrir une silhouette ne suffit toutefois pas à expliquer précisément ce qu’elle signifiait pour ceux qui l’ont tracée.
2. Un jeu romain retrouve des règles possibles
Une pierre gravée découverte à Heerlen, aux Pays-Bas, pourrait sembler bien mystérieuse sans ses pions. Les chercheurs ont combiné des scans 3D de son usure avec des simulations réalisées grâce au système Ludii.
Selon l’université de Maastricht, certaines règles d’un jeu de blocage expliquent les traces observées. C’est une reconstruction crédible, pas la découverte d’une notice antique : les auteurs précisent que les Romains ne jouaient pas nécessairement exactement ainsi.
3. Un hymne à Babylone sort des fragments
Comment reconstituer un texte quand ses morceaux sont dispersés ? La plateforme electronic Babylonian Library facilite le rapprochement de fragments cunéiformes. Elle a contribué à une nouvelle édition d’un hymne célébrant Babylone.
L’étude scientifique rassemble 31 fragments appartenant à 21 manuscrits. Environ deux tiers d’un texte estimé à 250 lignes sont récupérés, totalement ou partiellement. L’avancée est considérable, même si des passages manquent encore.
4. Les manuscrits de la mer Morte changent de calendrier
Le modèle Enoch rapproche les formes de l’écriture de datations au carbone 14. Présenté en 2025 par une équipe menée par l’université de Groningue, il a été entraîné à partir de 24 échantillons datés, puis appliqué à 135 manuscrits.
Les résultats suggèrent que plusieurs textes sont plus anciens qu’on ne le pensait. Il s’agit d’estimations avec des marges d’incertitude : l’IA apporte un nouvel indice, à confronter au travail des spécialistes.
5. Un papyrus apporte des précisions sur Platon
Le projet GreekSchools a permis de relire des passages de l’Histoire de l’Académie de Philodème. D’après le CNR italien, le texte situe la sépulture de Platon dans un jardin de l’Académie, près d’un sanctuaire des Muses.
Attention à la nuance : c’est une précision tirée d’un texte, pas une tombe retrouvée par des fouilles. Ici, l’imagerie et l’analyse philologique sont centrales ; attribuer toute la découverte à l’IA serait réducteur.
6. Herculanum : lire sans dérouler
Carbonisés lors de l’éruption du Vésuve en 79, certains rouleaux sont trop fragiles pour être ouverts. Le Vesuvius Challenge combine tomographie, reconstruction des surfaces et apprentissage automatique pour détecter l’encre. En février 2024, le concours annonçait la récupération de quinze colonnes de texte jusque-là inaccessibles.
Ce qui change, c’est l’accès au document lui-même. Des spécialistes peuvent enfin examiner des mots restés enfermés pendant près de deux millénaires.
Si tu vois passer « mystère résolu par l’IA », demande-toi ce qui a réellement été établi : une découverte vérifiée, une lecture proposée ou une hypothèse mieux étayée ? C’est cette distinction qui rend ces avancées aussi passionnantes que solides.


